Hilabeteak, des "mois" liés à la Nature"  (Elgar N° 588 MARS/AVRIL 2018)

En euskara, le mois du calendrier se dit Hilabete.

Selon le père Barandiaran*, il signifie "lunaison complète", de "ill" ou "hil", le mot qui désigne le mois (à ne pas confondre avec "hil" la mort) qui aurait, à l'origine, désigné la Lune et "betea", qui signifie "remplie" ou "pleine". Ceci prouve que les phases de la Lune étaient utilisées pour mesurer le temps, comme c'est souvent le cas chez les peuples anciens du monde.

La racine se retrouve dans de nombreux noms de mois en basque qui font aussi référence à des phénomènes naturels ou climatiques. Ainsi :

Janvier se dit Urtarrilla, qui signifie "mois du début de l'année", de "urgea" : l'année. 

Février Otsaila, "mois du froid", de "otz ou hotz" : le froid ou le mois des loups, de "otsoa" : le loup.

Mars se disait autrefois Epalla, "mois de l'élagage", de la racine "épaisse" : faucher,

Juillet Uztaila, mois des moissons", de "uzta" : la moisson.

Août Agorilla ou "mois de la sécheresse", de "agoraphobie" : sec, stérile,

Septembre Iraila ou "mois des fougères" de "ira" : la fougère,

Octobre Urria ou "mois des noisettes", de "hura" : la noisette.

Les cas particuliers sont le mois de Juin, qui se dit Ekaina ou "mois du soleil culminant", de Eki, un des noms du dieu Soleil et novembre qui se dit Azaroa ou "mois des semailles".

 

Jean-Baptiste Heguy

* Le père Barandiaran (1889 - 1991), patriarche de la culture basque 

Eloge des contraires  (Elgar N° 591 SEPTEMBRE/OCTOBRE 2018)

Les Basques sont, c'est bien connu, un peuple disposant d'un fort caractère. Et qui dans leur quotidien ont des manières d'être plus complexes qu'il n'y paraît. Plutôt réservés habituellement, ils libèrent toute leur énergie créatrice de mots dans leur tradition d'improvisation rimée, sublimée par les "bertsolaris".

Ces contradictions peuvent à l'occasion servir à former des mots.

Ainsi en euskara, la "discussion" se dit "eztabaida" (littéralement : ce n'est pas / c'est cela). Parallèlement, une relation humaine, une conversation se dit "harremana", mot dérivé du verbe "hartu", prendre et "eman", donner. Autre jolie construction fondée sur les contraires, l'adverbe "approximativement" se dit en basque "gutxi gorabehera" qui signifie littéralement "peu plus/moins".

Cette manière de construire les mots peut être utilisée dans bien des domaines, ainsi en basque la "marée" en général se dit "itsasgorabehera", littéralement "mer haute/basse". La précision intervient quand on parle de "marée basse" "itsasbehera" ou de "marée haute " "itsasgora". Logique !

 

Jean-Baptiste Heguy

 

Une "tête" ou trois "têtes" (Elgar N° 592 NOVEMBRE/DECEMBRE 2018)

En basque, la tête se dit, au sens propre, "burua".

Au sens figuré, ce mot a plusieurs sens. Il est largement utilisé pour indiquer des sens réfléchis pour beaucoup d'actions. "Se suicider", peut ainsi se dire "bere burua hil" (tuer sa propre tête) ou de manière plus poétique "bere buruaz beste egin" (littéralement "faire de sa tête quelque chose d'autre").

"Burua" peut aussi servir un "sommet" ou une "extrémité".

Le "week-end" se dit ainsi en euskara "asteburua", littéralement "bout de la semaine" ou "extrémité de la semaine" (astea : la semaine).

Dans la province du Labourd, en Iparralde, la petite ville de Saint-Pierre d'Irube, à côté de Bayonne, se dit en euskara, 'Hiruburu", ce qui signifie "sommet de ville" ou "bout de la ville". Mais une autre origine est possible...

Vers l'an 1400, une bête monstrueuse, une hydre à trois têtes, était sortie subitement des flancs de la Rhune et s'était installée dans une caverne non loin de la fontaine de Lissague à Saint-Pierre d'Irube. Sept ans plus tard, deux jeunes filles de Villefranque ayant été emportées dans son antre par l'hydre, un jeune chevalier de 20 ans, du nom de Gaston-Armand de Belsunce, originaire de Macaye, décida de défier le dragon à trois têtes. le combat fût terrible. le jeune chevalier précipita l'hydre au fond de la Nive mais mourut lui aussi. la région où l'hydre faisait des ravages, prit le nom de "Hiruburu" ("trois têtes"), qui devint au fil du temps "Hiriburu".

 

Jean-Baptiste Heguy

 

"Erdia" : une moitié bien pratique  (Elgar N° 593 JANVIER/FEVRIER 2019)

En basque, le mot "erdia" signifie "la moitié", "la demie" ou le "centre".

Classiquement, il sert à désigner "la demie" quand on donne l'heure ou une chose que l'on coupe à moitié.

Il existe aussi un joli verbe "erditu", qui contrairement à ce que l'on pourrait penser ne signifie pas "couper en deux" mais "accoucher". C'est logique car que fait d'autre une mère qui accouche que de "se diviser", "se partager" ou "se couper en deux" !

Pour différentier, on utilise les verbes "erdiratu" ou "erdibitu", pour diviser, "fendre" ou "couper en deux". L'adverbe "erdizka" signifie "à moitié" et sert aussi à désigner le pas de base des "mutxikoak" ou sauts basques. Certainement une allusion au fait que le pas comporte un demi-tour que l'on conclut avec "un coupé".

Le mot "erdi" entre aussi à l'occasion dans la construction d'autres mots. Ainsi en basque on dit "galtza" pour désigner le pantalon (terme que l'on trouve dans "Galtzagorri", "le pantalon rouge" qui est un des surnoms du Diable).

Et si on dit "galtzerdia" (littéralement, "demi-pantalon"), tout naturellement cela désigne "la chaussette" !

 

Jean-Baptiste Heguy

 

"Antza" : une ressemblance frappante  (Elgar N° 594 MARS/AVRIL 2019)

 le mot "antza" en basque, désigne "la ressemblance, la similitude". Par extension, le mot "antza" sert à désigner le verbe français "ressembler à". Ainsi on dira, "Aitaren antza dut", ("Je ressemble à mon père").

De la même manière, l'adjectif qui en est dérivé "antzekoa", signifie "semblable". Si l'on va plus loin, le mot "antzaldaketa", de "antza" et "aldatu" (changer, modifier), dont le "changement dans la ressemblance" est la... "transfiguration". La même racine est utilisée pour la postposition "antzo", à la manière de. On peut ainsi dire "Zaharren antzo" (à la manière des anciens).

Un autre mot de la même famille "antzea", qui désigne "le talent, la capacité, l'habileté, la manière".

Un dernier joli mot formé avec la racine "antza", est le terme "antzokia" (de "antza" et "tokia", le lieu, l'endroit) qui désigne en basque le "théâtre". De cette manière, en basque, le théâtre est un "lieu des ressemblances". Et pour ne pas confondre le lieu où on joue et l'art théâtral lui-même, on utilise pour ce dernier, le terme "antzerkia".

 

Jean-Baptiste Heguy