"Katua“ : un chat bien utile (Elgar N° 604 Octobre/Novembre 2020)

 En euskara, le mur se dit "horma" (avec un a organique). Mais en euskara, le chat se dit "katua" ou "gatua" avec une racine latine tardive (cattus ou gattus) qui a remplacé le mot "feles" (qui a donné "félin" en français). Cette racine est uniformément répandue dans plusieurs langues : en anglais ("cat"), en allemand ("katz"), en italien ("gatto") et même en russe ("pot").

Mais le basque a adapté cette racine pour la décliner sur des mots logiques de la même famille : "katakume", le chaton (de "ume", enfant) ou "basakatua", le chat sauvage (de "basa", sauvage).

Mais comme toujours en basque, cette racine a aussi été utilisée de manière beaucoup plus imagée. Ainsi le mot "katagorria", désigne l'écureuil et pourrait donc se traduire littéralement par "chat rouge" (de "gorria", rouge). De même, le mot "katamotza", désigne le lynx et signifie littéralement "chat coupé" (de "moztu", couper).

Une jolie allusion sans doute à la queue très courte du félin, ou à sa corpulence râblée ! 

Jean-Baptiste Heguy

 "Horma“ : la glace fait aussi le mur (Elgar N° 603 Septembre/Octobre 2020)

 En euskara, le mur se dit "horma" (avec un a organique). Mais "horma" sert aussi à désigner la glace (qui se dit aussi "izotza"). Nous sommes là en présence de ce que les linguistes appellent des "doublets" qui nous renseignent souvent sur la lointaine époque à laquelle ces mots qui sont identiques mais avec plusieurs sens, ont été formés.

Selon José Migel de Barandiaran, le très célèbre linguiste et ethnologue basque, le rapport entre "horma", "mur", et "horma", glace, montre qu'il y a très très longtemps, il y avait certainement lien physique entre "le mur" et "la glace" et que ces mots ont du naître à une époque où le climat était beaucoup plus froid qu'à présent.

Barandiaran fait de même le lien entre la terre, "lurra", et la neige "elurra".

Et évidemment la très grande proximité des deux mots ne peut pas être fortuite.

Sans parler de la racine "aiz", la pierre qui a servi à former de nombreux objets coupants en euskara : aizkora (la hache), aiztoa (le couteau), aizturrak (les ciseaux) ou encore aitzura (la pioche).

Le lien entre "pierre" et "couper" montre s'il était besoin que ce lien de sens remonte à une époque presque préhistorique...

 

Jean-Baptiste Heguy

 "Ebaki“ : trancher dans tous les sens (Elgar N° 602 Juillet/Août 2020)

  

En euskara, le verbe "couper" se dit "ebaki".

Selon le linguiste michel Morvan, le mot viendrait de la racine indo-européenne -bak/-pak, que l'on retrouve dans les langues dravidiennes du sud de l'Inde (pa:couper). De la même manière le mot "ebakortza" (littéralement: la dent qui coupe) désigne l'incisive.

Comme souvent en euskara, une racine de base a servi à former d'autres mots qui ont des sens voisins ou figurés. Ainsi, on retrouve la même racine dans le verbe "ebatsi" (voler, dérober, donc d'une certaine manière "couper") et dans le verbe "ebatzi" (juger, et que fait-on d'autre quand on juge, si ce n'est qu'on "tranche" dans un problème à résoudre. Et par voie de conséquence, "le juge" se dit en euskara "epailea", avec la même racine.

Enfin, si on revient à l'origine du sens originel, rappelons que "ebats", est aussi le nom d'un pas très particulier des "mutxikoak" ou sauts basques, où on amorce un tour avant de le "couper" pour le terminer en sautant et en repartant dans la direction inverse.

Jean-Baptiste Heguy

 "Egia/Egun... : la clarté est partout (Elgar N° 601 Mai/Juin 2020)

 

Le basque, comme beaucoup d'autres langues, est formé de mots ayant un sens propre et un sens figuré. Ainsi, selon le linguiste Michel Morvan, les mots basques désignant la vérité, le jour, le Soleil... seraient tous issus d'une racine eurasienne commune : -eg-/-ek-

 Ainsi, "egun" signifie le jour, ou aujourd'hui, "egia", c'est la vérité, "eguzki" ou "eki", c'est le Soleil.

Et l'oeil, l'endroit même par où passe la lumière ou la clarté du jour, c'st "begia".

Rappelons que l'antonyme exact de "eguna" est "iluna", l'obscurité. ce mor est directement issu de la racine "il" ou "hil", qui signifie l'obscurité, la nuit mais aussi la mort au sens figuré.

"Ilargia", (littéralement, la "lumière de la nuit"), c'est la Lune.

"Hil", est aussi venu à désigner la lune elle-même dans le mot "hilabete", le mois (littéralement : la lune remplie".

C'est là une lointaine survivance de l'époque où les Basques comme de peuples très anciens, se servaient des phases de la Lune pour rythmer les saisons et la mesure du temps.

Jean-Baptiste Heguy

 "Txori/Zori" : un oiseau de malheur... ou de bonheur (Elgar N° 600 MARS/AVRIL 2020)

 Dans l'Antiquité Romaine, les augures étaient les prêtres qui étaient chargés d'interpréter les phénomènes naturels pour en tirer des bons ou mauvais présages. Le vol des oiseaux ou leur comportement faisaient partie des phénomènes observés.

Chez les Basques, peuple très lié à la nature, il était logique que les oiseaux prennent une très grande importance pour comprendre leur destin.

De "txori", l'oiseau, le basque est ainsi passé à "zori", le sort, le destin, la fortune. Logiquement, "zoriona"(littéralement le bon sort) est le bonheur et si quelqu'un est "zoriontsua", il est heureux. Parallèlement, les Basques s'adressent traditionnellement des "zorionak", quand ils s'envoient des félicitations ou des voeux, ou qu'ils souhaitent des anniversaires. Inversement, "zoritxarra" ou "zorigaitza" est le malheur ou l'infortune (de "txarra" et "gaitza", mauvais).

Et dans le langage courant, "zoritxarrez" et "zorigaitzez", c'est "malheureusement", et "zoritxarrean", c'est "au mauvais moment".

En français, on parle souvent des "oiseaux de malheur". En basque, les oiseaux peuvent apporter le bonheur ou le malheur, selon les hasards de la destinée. 

 

Jean-Baptiste Heguy