
"Bi etxetako zakura goseak hil" (Elgar N° 634 Janvier/Février 2026
"Bi etxetako zakura goseak hil"
(Le chien de deux maisons meurt de faim)
Cet esaera basque très connu a un sens similaire à l'expression française, "courir plusieurs lièvres en même temps". Cette expression, datant du XVIIème siècle, a été empruntée au monde de la chasse. Elle signifie qu'en tentant de chasser plusieurs lièvres, on prend le risque de n'en attraper aucun. De même, pour l'esaera qui nous occupe, on pourrait croire qu'un chien appartenant à deux maisons pourrait y trouver son compte, mais en fait non. A faire l'aller-retour entre ses deux maisons, il risquerait d'obtenir finalement beaucoup moins que s'il était resté dans une seule demeure. De manière générale, quand on peut profiter de quelque chose, il vaut mieux se contenter de ce qu'on a plutôt que de penser à risquer d'obtenir une autre chose, mais sans garantie.
Jean-Baptiste Heguy
"Oso", "être complet et en bonne santé". Elgar N° 635 Janvier/Février 2026
En basque unifié (euskara batua), l'adverbe "oso" signifie "beaucoup, très". Ainsi on pourra dire "oso ondo", pour dire "très bien" (alors qu'en Iparralde, on dira plutôt "biziki ontsa". La où cela devient intéressant, c'est que "oso" signifie aussi, "complet". Si on dit "egun osoan", cela signifie en français "toute la journée", mais littéralement, cela veut dire "durant la journée complète". Et sachez que la racine "oso" est aussi via la variante "osa", à l'origine de tous les mots qui ont un rapport avec la santé, qui se dit "osasuna" en euskara. En fait, en basque, quand on est en bonne santé, on est littéralement "complet". Cette dualité apparaît d'ailleurs dans l'adverbe "osorik", qui peut aussi être utilisé comme un adjectif, et qui signifie à la fois "entier, complet", mais aussi "indemne, sain et sauf". le médecin, à côté de "medici" et de "sendagile" (littérarités : le chemin de la santé), c'est donc le traitement ou le remède. Quelque chose qui est "osagaitz(a)", c'est à la fois quelque choses qui est difficile à compléter (de "gaitz", difficile) ou à guérir. De la même manière ce qui est "osasungaitz(a)", c'est quelque choses de "malsain" ou "insalubre", au contraire de quelque choses qui est "osasungarri" et qui est "sain" ou "salubre". "Osasungintza(k)", ce sont les services sanitaires. Enfin, pour les fans de football, sachez qu'un des clubs basques les plus connus le "Club Atletico Osasuna" ou "CA Osasuna" a été fondé en 1920 à Pampelune (Navarre) par benjamin Anodin Martinez. Un nom qui rappelle les liens naturels entre le sport et "la santé".
A FINIR
Jean-Baptiste Heguy
"Hamaika", un "onze" qui peut compter beaucoup plus". Elgar N° 634 Novembre/Décembre 2025
Dans la langue basque, on a un rapport aux nombres un peu particulier. Certains d’entre eux ont un sens nécessairement bien précis pour pouvoir correctement compter. Mais ils ont aussi un sens figuré qui peut paraître assez étrange. Ainsi, en euskara, on dit « hamaika » pour désigner le nombre onze. Étymologiquement, le mot est formé de « hamar », (dix), peut-être dérivé selon le linguiste Jean-Baptiste Orpustan du proto-basque « * (h) anbar »*, lui-même issu de l’ibère « abar » ou « bar », et de « eka, ika », signifiant « un ». Seulement en basque, « un », ça se dit normalement « bat ». Orpustan suppose donc que « eka, ika » était une ancienne manière de dire « un », peut-être emprunté directement au sanscrit « eka », qui a le même sens. « hamaika », c’est donc littéralement « dix et un ».
Sauf qu’en basque, « hamaika » signifie « maintes fois » et peut aussi correspondre au « cent » ou au « mille » du français, dans un sens de « grand nombre ». Ainsi, si on dit « hamaika aldiz esan dizut », cela signifie « je te l’ai dit cent fois », alors que c’est bien le nombre « onze » qui est utilisé. Parallèlement, si on dit « hamaika arrisku pairatu », cela signifie « courir mille dangers ». Personne ne sait pourquoi « onze » est venu à désigner « un grand nombre ». Mais après tout, au jeu du mus, on parle bien de « hamarreko », pour des jetons qui représentent cinq unités ; Donc, nous ne sommes plus à une étrangeté près…
Jean-Baptiste Heguy
"Astoa, zaldiz jantzi arren, beti astoa" (Elgar N° 634 Novembre/Décembre 2025
"Astoa, zaldiz jantzi arren, beti astoa"
(Un âne, même déguisé en cheval, reste toujours un âne)
De par leur lien avec la belle nature qui les entoure, les Basques recourent souvent à des métaphores animalières pour faire passer des petits messages dans leurs « esaerak ». Et il est facile d’imaginer à quel genre de personne peut s’appliquer ce type de dicton humoristique ? On ne peut effectivement pas cacher sa vraie nature. Les gens malhonnêtes le resteront toujours, même s’ils cherchent à donner le change. Les personnes qui font l’étalage de leur richesse de manière ostensible en faisant croire qu’ils sont mains pour avoir « réussi, ne valent rien si leur comportement de tous les jours dénote de cette prétendue intelligence des affaires.
Jean-Baptiste Heguy
"Gaizki esanka ari denak beretzako kalte" (Elgar N° 631 Mai/Juin 2025
"Gaizki esanka ari denak beretzako kalte"
(Celui qui parle mal se fait préjudice)
Même si les Basques sont plutôt réputés être des gens taiseux ou avares de mots inutiles, on trouve toujours dans chaque village des exceptions avec des gens qui sont "ahohandiak" (littéralement, des "grandes gueules" ou des vantards) et d'autres qui sont friands de commérages. Ces défauts sont très mal vus au PAYS BASQUE et il arrive effectivement assez souvent que les gens qui disent du mal des autres finissent par se porter eux-mêmes préjudice, ne serait-ce que par l'isolement qu'ils peuvent générer vis-à-vis des autres habitats du village.
Jean-Baptiste Heguy