Quand "août" se rapproche de "Hossegor". Elgar N° 636 Mars/Avril 2026

Il est des moments où l'étymologie des mots va se nicher dans des recoins presque invisibles.

En basque, comme c'est le cas pour bien d'autres noms de mois, le mot "août", peut se traduire de plusieurs manières. Celle qui est retenue en batua est "abuztua", une forme qui est directement issue d'une déformation du latin "augustus", nom que ce mois a pris en l'an 8 av. J.-C., en l'honneur de l'empereur romain Auguste. Avant lui, "août" était appelé dans l'ancien calendrier romain "sextilis" (de sextus, sixième) car à l'époque, l'année commençait en mars et que le mois "sextilis" était donc le sixième dans ce comptage.

Mais en Iparralde, on n'utilise pas le mot "abuztu", mais le mot "agorril", c'est-à-dire "le mois sec" (de "hil" le mois et "agor", sec ou tari).

Or, il se trouve que l'on retrouve le mot "agor", dans une toponymie possible du nom d'un lieu qui se trouve non pas a Pays Basque, mais dans les Landes. Ce lieu, c'est la ville de Hossegor, dont le nom officiel est en fait Soorts-Hossegor, mais que tout le monde désigne en ne gardant que le deuxième élément. Précisons tout de suite qu'il faut bien prononcer "Hosseugor", et non pas "Hos-gor", comme le font souvent les visiteurs de passage. Hors une des étymologies le plus souvent avancée pour "Hossegor", est que le mot viendrait de l'aquitain (ou du proto-basque) "-osse", souvent rattaché à un hydronyme (nom d'un cours d'eau) et de "gorri", rouge ou "agor", sec. Il faut donc imaginer qu'il y très longtemps, Hossegor était un lieu où il y avait des "eaux rouges" (ou terreuses) ou "sèches" (donc des zones marécageuses). Une nouvelle preuve qu'il y a très longtemps  de cela, les parlers et les langues utilisées dans tout le quart sud-ouest de la France avaient des origines "proto-basques" et que l'étendue de la zone "bascophone" ou assimilée était bien plus large que maintenant. 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Gezurra esan nuen etxean : ni baino lehenago kalean" (Elgar N° 635 Mars/Avril 2026

"Gezurra esan nuen etxean : ni baino lehenago kalean"

(J'ai dit un mensonge à la maison : il est sorti avant moi)

Ce joli esaera rappelle s'il en était besoin que les mauvaises paroles volent toujours plus vite que les bonnes. On dit des mensonges ou des mauvaises choses en pensant que cela ne sortira pas du cercle familial, mais c'est une illusion. Il y a toujours une personne qui va finir par se laisser à colporter la parole initiale. A partir de là, on ne peut plus rien contrôler. Donc mieux vaut s'abstenir de dire du mal gratuitement.

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Bi etxetako zakura goseak hil" (Elgar N° 634 Janvier/Février 2026

"Bi etxetako zakura goseak hil"

(Le chien de deux maisons meurt de faim)

Cet esaera basque très connu a un sens similaire à l'expression française, "courir plusieurs lièvres en même temps". Cette expression, datant du XVIIème siècle, a été empruntée au monde de la chasse. Elle signifie qu'en tentant de chasser plusieurs lièvres, on prend le risque de n'en attraper aucun. De même, pour l'esaera qui nous occupe, on pourrait croire qu'un chien appartenant à deux maisons pourrait y trouver son compte, mais en fait non. A faire l'aller-retour entre ses deux maisons, il risquerait d'obtenir finalement beaucoup moins que s'il était resté dans une seule demeure. De manière générale, quand on peut profiter de quelque chose, il vaut mieux se contenter de ce qu'on a plutôt que de penser à risquer d'obtenir une autre chose, mais sans garantie.

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Oso", "être complet et en bonne santé". Elgar N° 635 Janvier/Février 2026

En basque unifié (euskara batua), l'adverbe "oso" signifie "beaucoup, très". Ainsi on pourra dire "oso ondo", pour dire "très bien" (alors qu'en Iparralde, on dira plutôt "biziki ontsa". La où cela devient intéressant, c'est que "oso" signifie aussi, "complet". Si on dit "egun osoan", cela signifie en français "toute la journée", mais littéralement, cela veut dire "durant la journée complète". Et sachez que la racine "oso" est aussi via la variante "osa", à l'origine de tous les mots qui ont un rapport avec la santé, qui se dit "osasuna" en euskara. En fait, en basque, quand on est en bonne santé, on est littéralement "complet". Cette dualité apparaît d'ailleurs dans l'adverbe "osorik", qui peut aussi être utilisé comme un adjectif, et qui signifie à la fois "entier, complet", mais aussi "indemne, sain et sauf". le médecin, à côté de "medici" et de "sendagile" (littérarités : le chemin de la santé), c'est donc le traitement ou le remède. Quelque chose qui est "osagaitz(a)", c'est à la fois quelque choses qui est difficile à compléter (de "gaitz", difficile) ou à guérir. De la même manière ce qui est "osasungaitz(a)", c'est quelque choses de "malsain" ou "insalubre", au contraire de quelque choses qui est "osasungarri" et qui est "sain" ou "salubre". "Osasungintza(k)", ce sont les services sanitaires. Enfin, pour les fans de football, sachez qu'un des clubs basques les plus connus le "Club Atletico Osasuna" ou "CA Osasuna" a été fondé en 1920 à Pampelune (Navarre) par benjamin Anodin Martinez. Un nom qui rappelle les liens naturels entre le sport et "la santé".  

A FINIR

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Hamaika", un "onze" qui peut compter beaucoup plus". Elgar N° 634 Novembre/Décembre 2025

Dans la langue basque, on a un rapport aux nombres un peu particulier. Certains d’entre eux ont un sens nécessairement bien précis pour pouvoir correctement compter. Mais ils ont aussi un sens figuré qui peut paraître assez étrange. Ainsi, en euskara, on dit « hamaika » pour désigner le nombre onze. Étymologiquement, le mot est formé de « hamar », (dix), peut-être dérivé selon le linguiste Jean-Baptiste Orpustan du proto-basque « * (h) anbar »*, lui-même issu de l’ibère « abar » ou « bar », et de « eka, ika », signifiant « un ». Seulement en basque, « un », ça se dit normalement « bat ». Orpustan suppose donc que « eka, ika » était une ancienne manière de dire « un », peut-être emprunté directement au sanscrit « eka », qui a le même sens. « hamaika », c’est donc littéralement « dix et un ».

Sauf qu’en basque, « hamaika » signifie « maintes fois » et peut aussi correspondre au « cent » ou au « mille » du français, dans un sens de « grand nombre ». Ainsi, si on dit « hamaika aldiz esan dizut », cela signifie « je te l’ai dit cent fois », alors que c’est bien le nombre « onze » qui est utilisé. Parallèlement, si on dit « hamaika arrisku pairatu », cela signifie « courir mille dangers ». Personne ne sait pourquoi « onze » est venu à désigner « un grand nombre ». Mais après tout, au jeu du mus, on parle bien de « hamarreko », pour des jetons qui représentent cinq unités ; Donc, nous ne sommes plus à une étrangeté près… 

Jean-Baptiste Heguy