"Txakoli“ : une origine mystérieuse (Elgar N° 612 Mars/Avril 2022)

 

Le "txakoli" ou "txakolin", est un vin blanc basque élaboré avec des raisins encore verts, ce qui lui donne une certaine acidité et un côté perlant que l'on peut accentuer en le servant en éloignant la bouteille de verre pour le faire mousser.

Les deux grands lieux de production se trouvent à Getaria et à Zarautz dans la province du pays Basque Sud de Gipuzkoa, mais il produit dans l'ensemble des trois provinces d'Hegoalde et son origine remonterait au VIIIème siècle, en Biscaye.

L'origine du mot lui-même est beaucoup plus mystérieuse. Beaucoup de linguistes sèchent sur l'étymologie nom. Michel Morvan pense quant à lui que le mot "txakoli" pourrait dériver de l'occitan "jacoulin", qui désignait autrefois dans tout le Sud-Ouest de la France un "mauvais petit vin" ou un "guinguet", un vin sucré et un peu aigre. le plus surprenant est que, depuis de nombreuses années, les participants aux ferras des villes du Sud-Ouest, notamment ceux des f^tes de Bayonne, ont l'habitude de se promener avec u curieux cocktail fait d'un mélange de vin blanc, de limonade et de grenadine. Et ce curieux breuvage s'appelle... "la jacqueline". Est-ce vraiment un hasard ?

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Zur/Hezur“ : le bois aussi dur que l'os (Elgar N° 611 Janvier/Février 2022)

En euskara, le couple "zura" (le bois) / "ezura, hezura" (l'os) est tout sauf un hasard. En linguistique, on dit qu'il s'agit d'un "doublet" qui désigne des mots très proches par leur forme propre, et qui se rapproche aussi par le sens qu'ils ont, même si le rapport n'est pas immédiatement décelable.

Ainsi, l'autre doublet célèbre "lurra/elurra" la terre/la neige)  remonte certainement, selon José Miguel de Barandiaran, à une époque très reculée de glaciations, et de temps très durs où la terre "se confondait" avec la neige. Pour le bois et l'os, al dureté est évidemment le lien de sens qui unit les deux mots. 

A partir de "zura", a été créé "zurgina", le charpentier, le menuisier (de "zur" et "egin", faire).

Le terme "zurgaikoa", désigne quant à lui en marine le "perroquet", une des voiles les plus hautes qu'on trouve sur un bateau et qui est certainement dérivé de "zur" et de "gain", le haut du sommet. le "perroquet est donc installé sur "le bois du sommet".

De manière très imagée, l'expression "zur eta lur" (bois et terre) désigne quelqu'un de "stupéfait".

L'os, "hezur", a servi de base pour former "hezur-huts", le squelette (littéralement, "l'os vide") et l'expression "hezurretan egon", avoir la peau sur les os, être maigre comme un clou (litt : être tout en os).

Enfin l'expression "hezur eta mami izan", être comme les deux doigts de la main, signifie littéralement en basque, "être comme l'os et la chair".

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Zain“ : la racine et le protecteur (Elgar N° 609 Septembre/Octobre 2021)

En euskara, le mot "zain, zaina" désigne deux concepts très différents, d'un côté la veine, le nerf ou la racine et de l'autre côté le gardien, le surveillant ou le protecteur.

Pris au sens de "racine", on retrouve "zain" dans plusieurs mots désignant des plantes ou des végétaux. Ainsi "zaingorri", littéralement "la racine rouge", peut désigner le géranium, en raison de la couleur écarlate de sa fleur. Sur le même principe, "zangorri", désigne la garance des teinturiers, une plante très connue pour la teinte rouge qui est extraite de son rhizome. Dans la même famille de mots, on trouve le mot "zainzuri" (littéralement, "la racine blanche"), qui en basque désigne l'asperge.

Sur le plan anatomique, "mihikozaina" (littéralement, la racine de la langue") désigne le petit filament qui rattache le dessous de la langue à la muqueuse de la mâchoire, le frein.

Au sens de "gardien, protecteur", on trouve ainsi "artzain" qui désigne le berger (littéralement, le gardien de brebis ou des moutons", de "ardia", la brebis ou le mouton). Le fleuriste, c'est "lorezain", littéralement  "le protecteur ou le gardien des fleurs", de "lorea", la fleur. Logiquement, "erizaina", c'est l'infirmier ou l'infirmière (de "eria", le malade) qui est le gardien ou la gardienne des malades. Enfin, le policier, c'est "ertzaina", littéralement, "protecteur" du pays", de "herria", le pays). Et la police autonome basque est ainsi appelée "Ertzaintza".

 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Belarra“ : l'herbe qui a tous les pouvoirs (Elgar N° 607 Mai/Juin 2021)

En euskara, le mot "herbe" se dit "belar", ou "belarra" (avec l'article).

Logiquement elle entre dans énormément de mots composés désignant une grande variété de plantes, inoffensives ou toxiques. On a déjà vu que l'hellébore était appelée en basque "otsobelar", (l'herbe des loups).

La plante appelée en euskara "belarbeltz", (littéralement "herbe noire") est une solanacée toxique, la morelle noire, de la même famille que les pommes de terre et les aubergines dont les baies noires peuvent se consommer une fois qu'elles sont arrivées à maturité.

Tous les enfants qui se sont promenés dans les champs, ont déjà ramené des boules de bardane accrochées à leurs chaussettes. En basque, la bardane se dit "pegatinbelar" (littéralement : "l'herbe qui colle").

L'armoise et l'absinthe (longtemps interdite car accusée de rendre fou sous sa forme alcoolisée), entre autres nombreuses propriétés curatives ou médicinales, sont deux plantes cousines qui sont reconnues comme des vermifuges très efficaces. Logiquement, elles sont appelées en basque d'Iparralde, "xixaribelar", c'est-à-dire littéralement "l'herbe aux vers" (de "zizari", le ver).

Plus poétique, le cigüe, extrêmement toxique, qu'il ne faut pas confondre avec l'ortie (qui est comestible et perd son pouvoir urticant, une fois sèche, hachée ou cuite) se dit en basque "otzarribedar". "Bedar" est ici une déformation de "belar" et "otzarri" est dérivé de "otz" ou "hotz" (froid) et "harri", la pierre. La ciguë est donc littéralement "l'herbe des pierres froides". Sa très mauvaise réputation, quand elle était déjà surnommée "l'herbe des décombres", remonte à la plus haute Antiquité et était le poison officiel de l'Athènes antique. C'est en buvant une décoction que Socrate, condamné, a trouvé la mort.

Avec ces herbes au pouvoir funeste, il était normal qu'au Pays Basque, on revienne à la sorcellerie. Les sorciers ou sorcières, généralement appelés "sorgin", était d'ailleurs aussi désignés sous le nom de "belagile" (de "belar", et "gile", qui fait). Les herboristes, "ceux ou celles qui faisaient les herbes", étaient donc vite assimilés à des adeptes de la magie noire, vu les conséquences néfastes qu'un mauvais dosage, volontaire ou non, pouvaient avoir...

 

Jean-Baptiste Heguy

 

Nota : il y a de nombreuses photos sur le revue Elgar

 "Sasi“ : un buisson bien pratique (Elgar N° 608 Juillet/Août 2021)

En euskara, le mot "sasi", désigne le buisson, le fourré ou la ronce.

Selon le linguiste Michel Morvan, ce terme serait à rapprocher de l'estonien "sais" (broussaille, enchevêtrement) ou du sarde "sazu" (épine). Sur cette base, plusieurs mots basques très poétiques ont été formés.

Le chèvrefeuille se dit ainsi en basque "sasiama", littéralement, "la mère des fourrés" (de "ama", la mère). Certainement une référence au fait que le chèvrefeuille est une plante grimpante et volubile qui de développe très rapidement.

La bétoine, plante vivace et officinale, est appelée en basque, "sasibelar", c'est-à-dire "l'herbe des fourrés". Pour information, symboliquement la bétoine aurait depuis des siècles la faculté de protéger du "mauvais oeil". Plus scientifiquement, la bétonne contient de nombreux principes actifs, dont la bétaïne, très connue des fêtards pour ses propriétés digestives.

Et en euskara, le "guérisseur" est appelé "sasimediku", c'est-à-dire littéralement, "médecin des fourrés".

Plus rude mais en même temps poétique, le bâtard se dit en basque, "sasikume", littéralement "l'enfant des fourrés" (de "umea", l'enfant). Une référence directe aux nombreux accouchements qui à une époque ont dû se faire en secret, quand des naissances hors mariage survenaient. De même le maquisard est appelé en basque "sasitar", c'est-à-dire "l'habitant des fourrés".

Enfin, le mot "sasi" est aussi présent dans une expression commune: "sasitik berrora", qui signifie "de plus en plus mal, de mal en pis". Dans cette expression, "berroa" désigne "la ronce, le buisson" et exprime la situation difficile où une personne qui se sort d'une passe difficile (symboliquement les ronces, les fourrés) retombe en fait dans une situation encore plus malaisée et plus inextricable. 

 

Jean-Baptiste Heguy