Direnik ez da sinetsi, ez direla ez da esan behar (Elgar N° 615 Septembre/Octobre 2022)

 Il ne faut pas croire qu'elles existent,

Il ne faut pas dire qu'elles n'existent pas

Ce célèbre dicton basque très ancien, tout en finesse, se rapporte directement à la sorcellerie et à l'existence des sorcières. Il a été remis au goût du jour par la romancière Dolores Redondo, la "Fred Vargas" espagnole, qui le cite dans sa fameuse trilogie du Baztan ("le Gardien invisible","De chair et d'os", "Une offrande à la tempête") mettant en scène les grandes figures de la mythologie basque et se déroulant à Elizondo et dans ses environs.

Ce dicton fait aussi écho à un autre proverbe qui dit "Izena du, bada" (Tout ce qui a un nom, existe).

Il est vrai que, encore actuellement, même si les Basques sont un peuple très chrétien, ils sont encore très attachés à des anciennes croyances ou à certains lieux qu'ils ne fréquentent pas à certains moments de la journée. A Saint-Martin-d'Arrosa ("Arosa", en euskara) par exemple il y a un endroit où la Nive crée un paysage magnifique, calme et sauvage, baptisé "Laminoki", (de "Lamin tokia", c'est à dire "L'endroit des laminak"). Rappelons que les "laminak" sont au Pays Basque des créatures mythologiques qui sont tantôt des lutins ou petits êtres bons ou malfaisants, tantôt des femmes à forme humaine jusqu'à la taille et un bas du corps de forme animale (pieds palmés, pattes de poule, sabots de chèvre ou queue de poisson). Toujours est-il que, encore actuellement, très peu d'Arrosatars oseraient se rendre à Laminoki en pleine nuit ...

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 Astoak BERE bureau lauda. L'âne se fait des compliments à lui-même (Elgar N° 614 Juillet/Août 2022)

 Ce sont évidemment encore les personnages vantardes que les Basques brocardent dans ce proverbe. Et symboliquement, il décrit de manière humoristique le comportement des ânes, qui soit pour chasser des mouches importunes, soit pour manifester un mécontentement, ont tendance à fréquemment hocher la tête de haut en bas. Ce n'est évidemment pas pour se "faire des louanges ou des compliments", mais en les regardant faire, on pourrait aisément le croire.

Peut-$etre y a-t-il un jeu de mots lié à la grammaire basque ? En effet, en euskara, pour indiquer une action réfléchie, on utilise le mot "burua", la tête. Ainsi pour dire "il (l') a tué, on dit en basque "Hil du". Mais pour dire "il s'est suicidé", on dit "Bere burua hil du", ce qui signifie littéralement : il a tué sa tête".

Un particularisme parmi bien d'autres qui montre encore une fois que le basque n'est vraiment pas une langue comme les autres !

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Sasi“ : un buisson bien pratique (Elgar N° 613 Mai/Juin 2022)

 

En euskara, le mot "sasi", désigne le buisson, le fourré ou la ronce.

Selon le linguiste Michel Morvan, ce terme serait à rapprocher de l'estonien "sasi" (broussaille, enchevêtrement) ou du sarde "sazu" (épine). Sur cette base, plusieurs mots basques très poétiques ont été formés : 

Le chèvrefeuille se dit ainsi en basque "sasiama", littéralement, "la mère des fourrés" ( de "ama", la mère). Certainement une référence au fait que le chèvrefeuille est une plante grimpante et volubile qui se développe très rapidement.

La bétoine, plante vivace et officinale, est appelée en basque, "sasibelar", c'est-à-dire "l'herbe des fourrés". Pour information, symboliquement la bétonne aurait depuis des siècles la faculté de protéger du "mauvais oeil". Plus scientifiquement, la bétonne contient de nombreux principes actifs, dont la bétaïne, très connue des fêtards our ses propriétés digestives.

En euskara, le "guérisseur" est appelé "sasimediku", c'est-à-dire littéralement, "médecin des fourrés".

Plus rude mais en même temps poétique, le bâtard se dit en basque, "sasikume", littéralement "l'enfant des fourrés" (de "umea", l'enfant). Une référence directe aux nombresux accouchements qui, à une époque, ont dû se faire en secret, quand les naissances hors mariage survenaient.

De même le maquisard est appelé en basque "sasitar", c'est-à-dire "l'habitant des fourrés".

Enfin le mot "sasi" est aussi présent dans une expression commune : "sasitik herrera", qui signifie "de plus en plus mal, de pis en pis".

Dans cette expression, "berroa" désigne "la ronce, le buisson" et exprime la situation difficile où une personne qui se sort d'une passe difficile (symboliquement les ronces, les fourrés) retombe en fait dans cette situation encore plus malaisée et plus inextricable.

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Urrutiko intxaurrak hamalau, gerturatu eta lau" Il y a quatorze noix au loin, si ont se rapproche, il y en a quatre (Elgar N° 613 Mai/Juin 2022)

 Ce très célèbre proverbe basque se moque gentiment des personnes vantardes qui on tendance, soit à exagérer le montant et l'étendue de leurs avoirs personnels, soit à exagérer leurs capacités intellectuelles ou leur courage pour faire face à une situation difficile. De naturel souvent taiseux et discrets, les Basques ont tendance à vite déceler les personnes qui ne sont pas très fiables sur ce plan. En effet, ce ne sont jamais ceux qui parlent beaucoup, qui en font le plus. 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Aterik adina maratila eduki" une origine mystérieuse (Elgar N° 612 Mars/Avril 2022)

 Comme souvent pour passer d'un langue à l'autre, une expression ou un dicton peut avoir des sens littéraux ou propres très différents. Et le côté poétique voire humoristique du basque, ressort souvent quand on les décortique. Ainsi, l'expression "Aterik adina maratila eduki" (avoir réponse à tout), signifie littéralement : avoir autant de poignées que de portes" (de "atea", la porte, "maratila", la poignée, "adina", autant que... et "eduki", avoir, posséder). Encore faut-il avoir les clés pour résoudre tous les problèmes.

 

Jean-Baptiste Heguy