Hitz untzi, huts untzi (Elgar N° 618 Mars/Avril 2023)

 Hitz untzi, huts untzi

Le moulin à paroles en dit beaucoup de vaines

Voici un des nombreux exemples de proverbes basques très courts qui jouent sur des sonorités similaires. Ce proverbe a aussi le mérite de rappeler que culturellement, les Basques ne sont souvent pas de "beaux parleurs", et sont même le plus souvent "taiseux". Le premier contact avec un Basque peut donner l'impression d'une certaine froideur, mais il s'agit plutôt d'une manière d'observer les gestes et le langage "non-verbal". Une fois le premier contact passé, le dialogue s'installe et l'amitié peut arriver et durer très très longtemps.

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 Atean uso, etxean otxo (Elgar N° 616 Novembre/Décembre 2022)

 Colombe à la porte, loup à la maison

Ce proverbe qu'on connaît aussi sous la forme "Kalean uso, etxea hotso" (Colombe dans la rue, loup à la maison) fait évidemment référence aux maîtres ou maîtresses de maison qui sont capables des plus grandes civilités et cordialités quand ils sont dehors de leur domicile ou qu'ils ou elles reçoivent des personnes extérieures invitées et se révèlent être beaucoup plus rugueux une fois que la porte se referme, voire de vrais tyrans.

Dans la région du Baztan, on trouve une autre variante de ce proverbe : "Kanpoan santu ta etxea deabru" (Saint au dehors, diable à la maison).

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Sorgin" (Elgar N° 616 Novembre/Décembre 2022)

On a déjà vu que le mot "sorgin", en euskara, qui désigne la sorcière, très certainement pour étymologie les mots "sor" (la naissance) et "egin" (faire). Les "sorginak" étaient en effet à la base des sages-femmes qui avaient des connaissances avancées sur les herbes médicinales et la pharmacopée. Ainsi, la "sorginbelar" (l'herbe des sorcières, de "belar", l'herbe) désigne la belladone, bien connue pour ses propriétés toxiques et médicinales.

Le mot "sorgin" a aussi donné naissance à de nombreux autres mots très imagés. Ainsi, une des manières en basque de désigner le réveillon est "sorgin afari" (le souper, ou repas des sorcières), peut être une lointaine survivance d'une époque reculée où les fêtes de la nouvelle année étaient plus liées à des traditions païennes que chrétiennes. Le réveillon peut aussi se dire "sorgin gosari" (littéralement, le petit déjeuner des sorcières, de "gosari", petit déjeuner).

De même, le mot "sorgin baratxuri" (de "baratxuri", l'ail) désigne l'ail sauvage qu'on appelle aussi ail des ours (allium ursinum) . le "sorgin gurpil" (littéralement, le "cercle des sorcières") n'est autre que le "cercle vicieux. Un tourbillon est aussi appelé "sorgin haizea" (de "haize", le vent).

Encore plus étrange, le papillon peut aussi être appelé "sorgin-ollo" soit "la poule des sorcières" (de "ollo", la poule) !

  

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Beltz" en voir de toutes les couleurs, mais surtout du noir ! (Elgar N° 615 Septembre/Octobre 2022)

 Tous les visiteurs le savent, dès que l'on rencontre un chien noir au Pays Basque, il s'appelle souvent "Beltza" ou "Beltxa". Ce qui est d'une grand logique.

Mais le mot "beltz" (noir) a servi en basque à créer un très grand nombre d'autres mots ou expressions souvent très imagées. Ainsi le mot "bele", désigne le corbeau ou la corneille. Cette dernière aussi appelée "belamika" (litt : la pie noire, de "bel, beltz", noir et "pika", la pie). En raison de sa tête toute sombre, la mésange charbonnière est aussi appelée en euskara "kaskobeltz" (littéralement : "crâne noir").

Pour les fins gastronomes, rappelons aussi qu'au Pays Basque, le vin rouge se dit "arno/ardo beltza" littéralement : vin noir") et que c'est le vin rosé qui se dit "arno gorria" (littéralement : vin rouge) ! Le terme "goibel", sombre, obscur vient de la racine "-goi", haut, partie supérieure et signifie littéralement "haut noir". Plus curieusement, la couleur "violet" peut se dire en basque "ubel" (de "ur", l'eau), à croire que cette couleur rappelle "l'eau noire".

Encore plus imagée, l'expression "beltzuri egin", faire la moue, bouder, signifie littéralement "faire noir et blanc" de "egin", faire et "zuri". 

  

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 La flore cachée dans les noms patronymiques basques (Elgar N° 614 Juillet/Août 2022)

 Dans l'imaginaire des personnes extérieures au Pays Basque, les noms patronymiques basques commencent le plus souvent par "Etxe", la maison. S'il est vrai que l'importance de l'appartenance à la maison a permis de créer un très grand nombre de noms de familles (Etcheverry, Etchechoury, Etchegorry, Etchebeste, Etchevers, Etchemendy, Etchegaray, Etchegoin, Barnetche...), avec leur variantes côté Hegoalde (Etxebarria, Etxebarrieta etc...), on trouve aussi un très grand nombre de paronymes qui sont directement liés à la nature, aux plantes ou aux arbres.

Ainsi avec le mot "larre" (pâturage, pré, prairie), ont pu se former des noms de famille Larre, Larralde (de "alde" : du côté de), Larronde (de "ondo" : à proximité de), Larramendy (de "mendia" : la montagne).

Le Pays Basque au nord ou au sud étant très boisé, les différentes espèces d'arbres ont aussi servi à former des noms de famille. Avec le terme "aritz, haritz", le chêne, on a ainsi formé Harismendy (litt : la montagne des chênes), Harispe (de pe : en bas, au dessous, dont litt : sous les chênes) ou encore Haristoy (-toy/toi étant une déformation "toki", le lieu, d'où la "chênaie"). Avec une très grande précision, les noms ont même varié en fonction des espèces. Dans tout le sud-ouest, et partout autour des Pyrénées, on trouve ainsi le chêne tauzin ou chêne des Pyrénées (quercus pyrenaica) qui se dit en basque "ametz". Ainsi est né le nom Amestoy (le lieu des chênes tauzins). le mot "intxaur", la noix, le noyer, a de son côté permis de former le nom de famille "Inchauspe" (littéralement, sous les noyers). Et le nom Gastambide signifie pour sa part "le chemin de la châtaigneraie" (de "gaztan", la châtaigne, le châtaignier, et "bide", le chemin). Côté sud, sur la racine latine "pagus", le hêtre, le mot basque "fago" (même sens) a été créé et le nom de famille Fagoaga a été formé (de -aga, l'endroit, le lieu ou "l'endroit des hêtres"). Sur le même principe, on a formé Astigarraga (l'endroit de érables ou "érableraie", de "astigar", l'érable)) ou Lizarraga (l'endroit des frênes ou "frênaie", de "lizar", le frêne).

Enfin, signalons qu'un des plus grands chanteurs basques actuels Benito Lertxundi, tire son nom de "lertxun" le peuplier et que "lertxundi" signifie donc "la peupleraie". Pas mal, pour un si grand poète !

 

Jean-Baptiste Heguy