"Gero dioenak, bego dio" (Elgar N° 630 Mars/Avril 2025

"Gero dioenak, bego dio"

(Qui dit plus tard, dit que ça reste)

Ce proverbe très connu au Pays Basque se rapproche du proverbe français, "il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour-même".

Cet esaera, qe l'on retrouve souvent grâce sur des médailles au Pays Basque, est surtout célèbre car il résume un des textes les plus connus de la littérature basque, "Gero" ("Après"), oeuvre du prêtre Pedro de Axular (de son nom de naissance, Pedro Agirre Azpilikueta), paru en 1643 (retrouver la vie de Pedro de Axular, dans notre article "Eskualdun Famatuak", page 6). Pedro de Axular (le nom de la ferme où il est né à Urdazubi, en Navarre) a terminé sa vie comme curé de Sare (Labourd). Sa seule oeuvre connue est un texte inspiré par la littérature ascétique et rédigé en soixante chapitres. Il y explique longuement tous les méfaits que cause le retard, et qu'il vaut mieux se consacrer immédiatement et sans attendre ) ses obligations. En clair, laisser les tâches pour plus tard est la devise des paresseux. 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Nekazari", le difficile labeur du paysan. Elgar N° 630 Mars/Avril 2025

 L'origine de certains mots basques peut être vraiment mystérieuse et ancienne. En euskara, le mot "nekazari", désigne l'agriculteur, le fermier ou le paysan. ce mot vient de la racine "neke, nekea", qui signifie selon ses différents sens : "fatigue, lassitude, abattement". ou "travail, effort, difficulté". En Iparralde, il est utilisé comme adjectif et signifie "fatigant, âpre ou lassant". Le terme "neketsu" est aussi utilisé plus globalement comme adjectif (avec le suffixe -tsu, marque courante de l'adjectif) et signifie "fatigant, laborieux, pénible. le mot "nekez" est la forme adverbiale et signifie donc en français : "laborieusement, avec grande difficulté, à grand-peine".

La connotation de pénibilité du terme "neke" est donc très fortement attestée en basque et à première vue, avec son "k" central, on pourrait croire que le mot est purement d'origine basque. Erreur ! "Neke", vient en fait du latin "nek, necis" qui désigne la mort et est issu de la racine indo-européenne "nez", de même sens. C'st dire si le sens originel du mot a quelque peu glissé au fur et à mesure de ses cheminements linguistiques. A noter d'ailleurs que "nek" a donné en grec ancien, la racine "nekros", qu'on retrouve dans les mots français : nécromancie, nécrophage, nécrose, nécrologie, nécrophilie etc...

La racine latine "nex", est d'ailleurs présente dans l'adage latin "Vulnerant omnes, ultime necat" ("Toutes les heures blessent, la dernière tue") que l'on retrouve souvent inscrite sur les cadrans solaires. Au Pays Basque, c'est sur le clocher de l'église Saint-Martin de Sare (Mattin Deunaren Eliza) que l'on trouve une inscription similaire : "Oren guziek date gizona kolpatzen, azkenekoak du habitat egortzen" (Toites les heures blessent l'homme, la dernière l'envoie au tombeau).

 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Espartina", la corde à la base de tout". Elgar N° 629 Janvier/Février 2025

Au Pays Basque, il y a deux sortes d'espadrilles. Les plus traditionnelles et certainement les plus anciennes, sont appelées "abarkak". Elles sont formées à partir d'une seule pièce de cuir façonnée à recouvrir l'ensemble des pied et attachées sur le mollet grâce à des lacets croisés. Ce sont celles que portent certains danseurs traditionnels ou les "joaldunak", par exemple. Les espadrilles en toile que nous connaissons tous, et dont Mauléon s'est fait une spécialité sont appelées en basque "abarketak" (littérarités : petites abarkas) ou plus généralement "espartin, espartinak".

On pourrait croire que ce mot est purement basque. Il n'en est rien. En effet, il a une origine beaucoup plus lointaine directement liée à une spécificité de la fabrication de l'espadrille.

le mor "espartin, espartina", est issu de l'occitan "espartenha", lui même issu du latin "spartum". Ce mot désigne la plante de la famille des Poacées, le sparte (lyceum spartum), appelé en basque "espartzu", dont, comme sa cousine l'alfa (stipe tenacissima), on utilise les feuilles pour faire de la passementerie (chapeaux, chaussures, poches, nattes de sol) ou de la corderie. C'est bien de cette dernière utilisation, la corde, que sont nées à l'origine les "espartinak".

Venues d'Espagne, ces sandales légères sont fabriquées dès le XVIIIème siècle en Béarn et au Pays Basque, dans des "sparteries", des ateliers de corderie. Elles étaient au départ simplement formées d'une semelle de corde, puis goudronnée, sans caoutchouc. A partir de la moitié du XIXème siècle, une famille d'anciens épiciers de Mauléon, se lance dans la fabrication artisanale d'espadrilles. Peu à peu les usines et les ateliers se multiplient et permettent de commercialiser les espadrilles dans tout le Pays Basque et même jusqu'en Amérique Latine. De 537 ouvriers en 1896, la main d'oeuvre passe à 1585 en 1914. C'est l'âge d'or des "hirondelles", des jeunes femmes venues du nord de la Navarre et de Roncal qui se rendaient en France pour travailler par la montagne en utilisant les services d'un passeur. Ces saisonnières travaillaient à Mauléon et dans la région d'octobre à mai suivant, selon un cycle inversé des fameux petits oiseaux migrateurs dont elles ont pris le nom.

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Noren oiloak gureak baino arraultz gehiago" (Elgar N° 629 Janvier/Février 2025

"Noren oiloak gureak baino arraultz gehiago"

(La poule des autres a toujours plus d'oeufs que la nôtre)

Encore un joli dicton très imagé qui trouve son origine dans le bon sens de la paysannerie basque. Il peut se rappeler d'un autre dicton ironique : "L'herbe est toujours plus verte ailleurs". Les deux signifient qu'il vaut mieux toujours se contenter de ce que l'on possède, plutôt que d'envier son voisin en s'imaginant qu'il a toujours une situation bien plus enviable, alors que c'est très souvent loin d'être le cas. 

 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "sasi, un buisson bien utile". Elgar N° 628 Novembre/Décembre 2024)

Au Pays Basque, les apprentis-parapentistes le savent bien. Lors de l'atterrissage, il vaut mieux éviter les "sasi" ou buissons épineux (bruyères, genêts, ajoncs...) qu'on trouve très facilement en bas des pentes montagneuses, si on ne veut pas se relever avec quelques zébrures !

Ils ne savent en revanche pas forcément qu'en basque, le mot "sasi" a servi à créer de nombreux jolis mots très imagés. En premier lieu, le "sasitar" est le maquisard (littéralement, "habitant du maquis ou du buisson"), avec le suffixe -ar(ra), qui sert à désigner au Pays Basque les habitants des villes ou villages "gentilés", comme par exemple "Arrosatar", habitant de Saint-Martin-d'Arrosa en Basse-Navarre (appelé "Arrosa" en basque).

 Le "sasikume" est le bâtard (de "ume", enfant, donc littéralement "l'enfant des buissons ou des fourrés"), tandis que le "sasimediku", est le guérisseur (littéralement "médecin des fourrés"). Encore plus imagés sont les mots "sasijakintsu", savatasse, je-sais-tout, de "jakintsu", savant (littéralement "savant des fourrés") ou "sasizientzia", qui désigne la pseudo-science 'littéralement "science des fourrés"). Enfin dans la même famille que "sasi", on trouve le mot "sastraka", qui désigne en basque la broussaille.

Jean-Baptiste Heguy