
"Ozpina", du vinaigre... ou le tonnerre". Elgar N° 632 Juillet/Août 2025
Quelquefois, en basque comme dans bien d'autres langues, les origines étymologiques peuvent très fortement différer mais au fur et à mesure des transformations, déboucher sur un mot homonyme.
C'st le cas pour le mot "ozpin" qui en basque désigne le plus couramment le vinaigre. Et encore une fois, l'étymologie de ce mot est en euskara très imagée. ce mot vient du mot "hortz", la dent et de "min", un mot qui désigne le mal ou la douleur en général ou aussi dans un sens dérivé, quelque chose de "piquant", aigre ou amer". Donc, littéralement, le vinaigre c'est quelque chose "qui fait mal aux dents" ou "qui pique les dents"!
Le mot "ozpin" peut aussi désigner le tonnerre (comme bien d'autres mots en basque). dans ce cas, le mot "ozpin", vient de "ortz, ortzi", l'ancien nom propre du dieu du Ciel dans l'ancienne religion des Basques, et qui désigne à présent le ciel, en nom commun, et du mot "-bini", qui serait une forme ancienne de "mihi", la ligue. littéralement, le tonnerre/ozpin, c'est donc "la langue du ciel" !
Jean-Baptiste Heguy
"Lehenbizi entzun eta orduan hitz egin" (Elgar N° 632 Juillet/Août 2025
"Lehenbizi entzun eta orduan hitz egin"
(Ecouter d'abord, parler après)
On le répète très souvent : les Basques sont un peuple de taiseux. Pour toutes sortes de situations, ils préfèrent d'abord jauger en restant silencieux, prendre les informations et écouter, avant de parler. Ce trait de caractère est très typique de ce peuple pour qui la parole a toujours une très grande valeur, avec un poids des mots qu'il ne faut pas galvauder (il suffit de rappeler le plus fameux proverbe basque : "hitza hitz", une parole est une parole). De même, toute parole précipitée, tout jugement hâtif sur une personne peut avoir de grandes conséquences.
Jean-Baptiste Heguy
"Mendiak mendia behar ez du, baina gizonak gizona bai" (Elgar N° 633 Septembre/Octobre 2025)
"Mendiak mendia behar ez du, baina gizonak gizona bai"
(La montagne n'a pas besoin d'une autre montagne, mais les hommes ont besoin des autres)
Pas de sens figuré pour cet "esaera", qui est tout de même important pour rappeler que la vie peut être très difficile dans certaines contrées reculées du Pays Basque. Dans un village basque, il n'est pas toujours évident de percevoir au premier abord l'esprit de corps qui anime les habitants. Mais que survienne un phénomène météorologique extrême. comme un orage de grêle ou une très grosse inondation et la solidarité se met en route très vite. Chacun met la main à la patte pour aider un voisin ou une personne isolée, sachant qu'un bienfait est toujours bienvenu et pourra être le cas échéant rendu lors d'un prochain événement extrême. Une solidarité qui se perd de plus en plus dans les grandes villes.
Jean-Baptiste Heguy
"Gero dioenak, bego dio" (Elgar N° 630 Mars/Avril 2025
"Gero dioenak, bego dio"
(Qui dit plus tard, dit que ça reste)
Ce proverbe très connu au Pays Basque se rapproche du proverbe français, "il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour-même".
Cet esaera, qe l'on retrouve souvent grâce sur des médailles au Pays Basque, est surtout célèbre car il résume un des textes les plus connus de la littérature basque, "Gero" ("Après"), oeuvre du prêtre Pedro de Axular (de son nom de naissance, Pedro Agirre Azpilikueta), paru en 1643 (retrouver la vie de Pedro de Axular, dans notre article "Eskualdun Famatuak", page 6). Pedro de Axular (le nom de la ferme où il est né à Urdazubi, en Navarre) a terminé sa vie comme curé de Sare (Labourd). Sa seule oeuvre connue est un texte inspiré par la littérature ascétique et rédigé en soixante chapitres. Il y explique longuement tous les méfaits que cause le retard, et qu'il vaut mieux se consacrer immédiatement et sans attendre ) ses obligations. En clair, laisser les tâches pour plus tard est la devise des paresseux.
Jean-Baptiste Heguy
"Nekazari", le difficile labeur du paysan. Elgar N° 630 Mars/Avril 2025
L'origine de certains mots basques peut être vraiment mystérieuse et ancienne. En euskara, le mot "nekazari", désigne l'agriculteur, le fermier ou le paysan. ce mot vient de la racine "neke, nekea", qui signifie selon ses différents sens : "fatigue, lassitude, abattement". ou "travail, effort, difficulté". En Iparralde, il est utilisé comme adjectif et signifie "fatigant, âpre ou lassant". Le terme "neketsu" est aussi utilisé plus globalement comme adjectif (avec le suffixe -tsu, marque courante de l'adjectif) et signifie "fatigant, laborieux, pénible. le mot "nekez" est la forme adverbiale et signifie donc en français : "laborieusement, avec grande difficulté, à grand-peine".
La connotation de pénibilité du terme "neke" est donc très fortement attestée en basque et à première vue, avec son "k" central, on pourrait croire que le mot est purement d'origine basque. Erreur ! "Neke", vient en fait du latin "nek, necis" qui désigne la mort et est issu de la racine indo-européenne "nez", de même sens. C'st dire si le sens originel du mot a quelque peu glissé au fur et à mesure de ses cheminements linguistiques. A noter d'ailleurs que "nek" a donné en grec ancien, la racine "nekros", qu'on retrouve dans les mots français : nécromancie, nécrophage, nécrose, nécrologie, nécrophilie etc...
La racine latine "nex", est d'ailleurs présente dans l'adage latin "Vulnerant omnes, ultime necat" ("Toutes les heures blessent, la dernière tue") que l'on retrouve souvent inscrite sur les cadrans solaires. Au Pays Basque, c'est sur le clocher de l'église Saint-Martin de Sare (Mattin Deunaren Eliza) que l'on trouve une inscription similaire : "Oren guziek date gizona kolpatzen, azkenekoak du habitat egortzen" (Toites les heures blessent l'homme, la dernière l'envoie au tombeau).
Jean-Baptiste Heguy