L'irrintzina, l'étrange cri des Basques Elgar N° 620 Juillet/Août 2023)

Personne ne sait réellement d'où vient l'irrintzina, ce cri modulé et très puissant originellement utilisé par les bergers basques pour communiquer de manière lointaine et qui porterait à près de dix kilomètres. A présent, il est devenu un cri festif ou de joie qui ponctue souvent les danses ou les chants traditionnels basques et fait même l'objet depuis une trentaine d'années d'un concours à Urcuray (urkoi), un quartier d'Hasparren, dans la province du Labourd.

Si maintenant, l'irrintzina a acquis un vrai aspect festif, sa signification originelle se perd dans la nuit des temps. Mais laissons Pierre Loti nous le décrire, comme il fait dans son célèbre roman "Ramuntcho" :

"Mais tout à coup, de cette barque qui était si tranquille et qui n'avait plus que l'importance d'une ombre à peine réelle au milieu de tant de nuit, un cri s'élève suraigu, terrifiant : il remplit le vide et s'en va déchirer les lointains... Il est parti de ces notes très hautes qui n'appartiennent d'ordinaire qu'aux femme, mais avec quelque chose de rauque et de puissant, qui fait davantage frémir ; on attend avec une sorte d'angoisse qu'il finisse, et il est long, long, il oppresse par son inexplicable longueur... Il avait commencé comme un haut bramement d'agonie, et voici qu'il s'achève et s'éteint en une sorte de rire, sinistrement burlesque, comme le rire des fous.

Etymologiquement, "irrintzina" vient du mot basque "irri, irria" qui signifie rire "et "intzina", qui veut dire "plainte ou gémissement. L'irrintzina est donc tout à la fois un rire et une plainte. Rappelons aussi qu'en basque, "irrintzina" ou "irrintzia" signifie aussi "hennissement". Un rapprochement qui semblerait attester le fait que'à l'origine les Basques se sont peu t être inspirés du hennissement des pottoka pour créer et reproduire l'irrintzina. La légende voudrait aussi que les Vascons qui ont anéanti l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne lors de la bataille de Roncevaux le 15 août 778, auraient utilisé l'irrintzina pour mieux coordonner leurs attaques.

Certains historiens et ethnologues ont aussi rapproché l'irrintzina d'un autre moyen de communication très particulier utilisé" dans le Béarn, le langage sifflé utilisé par les bergers, notamment dans la vallée d'As/ Avec ce système de sifflement suraigu, les bergers des hautes vallées béarnaises ont toujours pu communiquer très facilement. Ces langages sifflés existent aussi dans d'autres parties montagneuses du monde, comme la Turquie ou aux Iles canaries, à l'époque où elles étaient encore occupées par leur peuple originel, les Guanches. Un clin d'oeil de l'histoire amusant puisque, précisément, les Basques ont été autrefois rapprochés des Guanches...  

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Pe" (Elgar N° 620 Juillet/Août 2023)

Comme souvent en euskara, le mot "pe" post-position qui signifie "la partie inférieure" ou "la partie basse ou en dessous", doit très certainement être un mot très ancien comme d'autres mots basques très courts (comme "su" (feu), "ur" (eau), "erre" (brûler) etc...). Et cette petite particule est très souvent utilisée pour former de nombreux mots en euskara, ainsi du terme "harpea", siginfiant "grotte" (littéralement, "le lieu sous la pierre, ou la roche", de 'Harria", la pierre). A noter que "Harpea" est aussi le nom propre d'un célèbre abri sous roche situé à Esterençuby (Basse-Navarre) et formé d'un pli rocheux anticlinal naturel qui sert depuis très longtemps d'abri pastoral.

On retrouve "pe" dans le nom basque originel de la commune de L'Hôpital Saint-Blaise, situé en Soule. Connu pour son extraordinaire église romane du XIIème siècle agrémentée de décors intérieurs hispano-mauresques est classé au patrimoine mondiale de l'UNESCO, le village est connu en dialecte souletin sous le nom de "Ospitalepea", qui signifie littéralement "sous l'hôpital", en référence au fait que le village était situé en contrebas d'un "hôpital", en réalité un lieu d'accueil pour les voyageurs et pèlerins qui étaient en route pour Saint Jacques de Compostelle.

A noter que "pe" se retrouve aussi dans quelques noms de famille basque répandus comme "Intxauspe Inchauspe", qui signifie littéralement "sous le noyer" (de "intxaur", la noix ou le noyer) ou "Erramuspe/Erramuzpe), qui signifie "sous le laurier" (de "erratum", le laurier)

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Sorgin" (Elgar N° 617 Janvier/Février 2023)

Argi, qui signifie lumière en basque est la base de nombreux mots en euskara.

Rappelons d'emblée que la Lune, ses dit en basque hilargia (littéralement, la lumière de la nuit de Hil, la nuit, qui désigne aussi la mort).

Rappelons d'emblée que les Basques ont longtemps utilisé dans les temps reculés un calendrier lunaire, comme beucoup de peuples très anciens de par le monde. Le mot arginabar, désigne aussi le crépuscule (littéralement, lumière brune, de nabar, brun). le mot argimutil est aussi très joli. Il signifie bougeoir ou chandelier, avec un sens littéral de garçon de lumière (de mutil, le garçon, le jeune homme). Peut-être que la forme vaguement humaine du chandelier ou du bougeoir explique cette curieuse étymologie. Très logiquement, le mot argiontzi (littéralement, le récipient de lumière, de ontzi, récipient) désigne une lampe.

Enfin le mot argi peut aussi avoir un sens figuré d'éclairage ou de mise en lumière comme le verbe argitu (éclairer mais aussi au sens éclaircir au sein figuré).

La mise en lumière peut aussi déboucher sur le sens de rendre public. Ainsi, le mot argitaletxe (littéralement la maison de la lumière) désigne en basque une maison d'édition. 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 Hitz untzi, huts untzi (Elgar N° 618 Mars/Avril 2023)

 Hitz untzi, huts untzi

Le moulin à paroles en dit beaucoup de vaines

Voici un des nombreux exemples de proverbes basques très courts qui jouent sur des sonorités similaires. Ce proverbe a aussi le mérite de rappeler que culturellement, les Basques ne sont souvent pas de "beaux parleurs", et sont même le plus souvent "taiseux". Le premier contact avec un Basque peut donner l'impression d'une certaine froideur, mais il s'agit plutôt d'une manière d'observer les gestes et le langage "non-verbal". Une fois le premier contact passé, le dialogue s'installe et l'amitié peut arriver et durer très très longtemps.

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 Atean uso, etxean otxo (Elgar N° 616 Novembre/Décembre 2022)

 Colombe à la porte, loup à la maison

Ce proverbe qu'on connaît aussi sous la forme "Kalean uso, etxea hotso" (Colombe dans la rue, loup à la maison) fait évidemment référence aux maîtres ou maîtresses de maison qui sont capables des plus grandes civilités et cordialités quand ils sont dehors de leur domicile ou qu'ils ou elles reçoivent des personnes extérieures invitées et se révèlent être beaucoup plus rugueux une fois que la porte se referme, voire de vrais tyrans.

Dans la région du Baztan, on trouve une autre variante de ce proverbe : "Kanpoan santu ta etxea deabru" (Saint au dehors, diable à la maison).

 

Jean-Baptiste Heguy