
"Xinaurrientzat ihintza uholdea" (Elgar N° 620 Juillet/Août 2023)
"Xinaurrientzat ihintza uholde"
(Pour les fourmis, la rosée est une inondation)
Encore un proverbe humoristique qui se moque des gens qui ont tendance à tout dramatiser ou qui se plaignent à tout bout de champ de leurs petits tracas quotidiens. A noter que les Basques ont certainement pris cette comparaison liée aux phénomènes naturels parce que, avec les masses d'air contraires venant de la mer et de la montagne, ils sont habitués à subir des conditions météorologiques qui peuvent être dévastatrices : inondations aussi brutales que soudaines, orages violents entraînant des pluies diluviennes ou des chutes de grêle, surtout au coeur des chaleurs de l'été. Ce n'est pas un hasard si les basques nomment la grêle, "harriabar"" (littéralement : résidu de pierre) ou "kazkabar", dont la racine onomatopéique de "kazka" évolue clairement le bruit que peuvent faire les grêlons quand ils tombent.
Jean-Baptiste Heguy
"Mihiak ez du hezurrik hausten, beinah bai hautsaratzen" (Elgar N° 621 Septembre/Octobre 2023)
"Mihiak ez du hezurrik hausten, beinah bai hautsaratzen"
(La langue ne peut pas briser les os, mais peut les faire briser)
Il est bien connu que les Basques sont plutôt un peuple avare de parole vaines. Au contraire, quand ils parlent, ils choisissent souvent soigneusement les mots qu'ils utilisent et attachent une très grande importance à la parole donnée, selon le fameux proverbe "Hitza hitz" (une parole est une parole). Ils savent donc l'importance des mots et que ces derniers peuvent être à l'occasion être utilisées avec de mauvaises intentions. Et cet usage détourné du pouvoir de la parole est d'autant plus important quand il vient d'hommes politiques ou de meneurs quels qu'ils soient, qui peuvent utiliser le verbe pour amener d'autres hommes à faire le mal. Ce proverbe, avec toute sa puissance, le rappelle.
Jean-Baptiste Heguy
Azeria predikatzen ari, kasu oiloari (Elgar N° 619 Mai/Juin 2023)
"Azeria predikatzen ari, kasu oiloari"
(Quand le renard est en train de prêcher, attention à la poule.)
Le caractère plutôt taiseux des Basques et leur méfiance instinctive à l'égard de ceux qui parlent beaucoup et fort sont très connus. Au-delà de ce trait de caractère, ce joli proverbe fait directement référence au fait que quelqu'un disant à d'autres savoir ce qui est bon pour eux, est beaucoup plus souvent animé de mauvaises intentions à leur encontre. De mauvaises intentions soigneusement cachées par les belles paroles. Cela peut s'appliquer à un grand nombre des personnes : un prêtre, un marchand... ou un homme politique.
Jean-Baptiste Heguy
Behera, gora, garai : les hauts et les bas du basque Elgar N° 618 Mars/Avril 2023)
En euskara, bas se dit "behere" et haut se dit gora ou garai. On retrouve par exemple behere dans Nafarroa Beherea, qui désigne la province de Basse-Navarre. On retrouve aussi le mot dans de nombreux noms de famille. Ainsi on trouve par exemple : Etxebehere/Etchebehere ou Beherretxe/beheretche signifie la maison du bas. De même Errotabehere signifie le moulin du bas de errota : le moulin. Avec gora, on trouve par exemple les sommets navarrais de Gorramendi (1070 mètres) ou de Gorramakil (1087 mètres) dont les noms signifient littéralement Montagne haute de mendia la montagne et le Bâton haut de malika le bâton. On le retrouve aussi dans l'expression gutxi gora behera, qui signifie plus ou moins, mais qui littéralement se traduit par moins haut bas. le mot garai pour haut, se retrouve très couramment dans de nombreux noms de famille comme Etxegarai / Etchegaray, qui signifie la maison du haut, qui peut aussi traduire Bordagarai / Bordagaray. Quelquefois, on trouve même des composés comme Etcheverrigaray, qui signifie littéralement, la maison neuve du haut de berri, neuf, nouveau.
Jean-Baptiste Heguy
Des fleurs au nom très évocateur Elgar N° 619 Mai/Juin 2023)
En basque, on retrouve souvent des noms de fleurs assez classiques traduits littéralement comme "arrosa" (la rose), hiazintoa" (la jacinthe) ou" hortensia" (l'hortentsia). Mais on trouve aussi pour lesquels le peuple basque a fait preuve d'une grande poésie, voire d'une imagination débordante.
Ainsi, en euskara, la tulipe peut se dire "tulipa", mais elle peut aussi être appelée idi-bihotza", ce qui signifie littéralement "coeur de boeuf" (de "idia", le boeuf et "bihotza", le coeur). Une appellation qui fait certainement référence à la forme arrondie des corolles de tulipes ou la couleur de certaines d'entre elles qui peut aller du rouge au rouge violacé ou au violet, ce qui peut rappeler précisément un "coeur de boeuf". La marguerite, ou la pâquerette sont appelées en euskara "bitxilorea", c'est à dire la "fleur-bijou" 'de "lorea", la fleur et "bitxia", le bijou). Le chrysanthème se dit "urrelilia", ce qui veut dire "la fleur d'or" (de"lilia", la fleur, et "urgea", 'or) qui est une traduction littérale de "chrysanthème', qui vient du grec "khrusos", l'or et "antes", la fleur. La primevère a suivi aussi un chemin étymologique similaire. On l'appelle en basque "udaberri-lore" ou "San Jose lore", qui signifie "fleur du printemps" (de "udaberri", le printemps). Le mot "San Jose lors" fait référence au fait que la Saint Joseph tombe le 19 mars et annonce le début du printemps (21 mars). Rappelons que l'étymologie de "primevère" vient du latin "prima", première et "vera" le printemps car c'est la première fleur qui réapparaît au printemps, qui se dit d'ailleurs en italien "primavera". Certaines autres fleurs ont fait l'objet d'appellation beaucoup plus inattendues, ainsi la digitale, dont le nom vient du latin "digits", en raison de la forme de doigt de sa corolle. Les Basques y ont vu une autre chose puisqu'ils l'ont appelée "kukupraka", c'est à dire "le pantalon du coucou" (de "parka", le pantalon. Quand à la jonquille, elle est appelée de différentes manières en basque, mais la plus étrange reste "txoriburua" (littéralement "tête d'oiseau", de "txoria", l'oiseau et "bureau", la t^te). Nous sommes bien en peine de comprendre comment les Basques ont fait le parallèle !
Jean-Baptiste Heguy